accompagnement bénévole en soins palliatifs
 Accueil > Documentation > Euthanasie
  • Appel à votre générosité pour l'USP de Saint-Denis

    Une maison de vie à Saint-Denis ouvertur...

    en savoir plus
  • Congrès de l'UNASP - 9 octobre 2010

    Técharger le programme..... Téléchar...

    en savoir plus
  • Brochures INPES

    Brochure " Soins palliatifs et accompagnem...

    en savoir plus
  • Rendez-vous aux conférences d'automne à l'ASP Yvelines

    Dans le cadre de sa mission d'information et de...

    en savoir plus

Euthanasie


L'euthanasie est-elle de gauche ?

par Isabelle Marin et Jacques Ricot

Le Monde 16/11/2009


En présentant des propositions de loi pour légaliser l'euthanasie, les socialistes sont plus désorientés qu'on ne le croyait. En effet, sauf à épouser un libéralisme anthropologique libertaire, on ne peut se réclamer de la gauche et de sa tradition de fraternité quand on revendique la légalisation de l'euthanasie. Rappelons l'opposition de Robert Badinter ou encore de François Mitterrand.

Souvent, en France, le débat sur l'euthanasie est présenté comme l'affrontement entre le respect religieux archaïque de la sacralité de l'existence humaine et la liberté individuelle de maîtriser sa vie et donc sa mort. Selon cette dernière perspective, deux ennemis du progrès, alliés objectifs, sont identifiés : les médecins et les Eglises, soutenus par les forces politiques réactionnaires, c'est-à-dire la droite toujours en retard d'une évolution des mœurs et sourde aux demandes sociales du peuple toujours en avance, lui, sur les élites conservatrices. Nous voudrions dire ici qu'une certaine gauche trahit ses propres fondamentaux en caricaturant de la sorte le débat au détriment du combat pour plus de justice, et qu'elle s'interdit d'être aux avant-postes d'une lutte pourtant urgente sur le terrain de la solidarité et des soins dus aux plus démunis.

Fustiger la religion des clergés permet de faire l'impasse sur le type de foi et de croyance qui nous gouverne désormais, droite et gauche confondues : la religion du progrès et du bonheur unies dans le songe d'une maîtrise du monde et de soi. "Et certes, la souffrance, la déchéance, ne sont pas 'dignes', ne sont pas conformes à l'image lisse, jeune, bien nourrie, que nous nous faisons de l'Homme et de ses droits. Qui ne voit que le 'débat' sur l'euthanasie désigne surtout le défaut radical de symbolisation où se trouvent aujourd'hui la vieillesse et la mort ? Le caractère insupportable de leur vision pour les vivants ?" (Alain Badiou, L'Ethique, 1993). Beaucoup se sont déjà fourvoyés, dans la première moitié du XXe siècle, aveuglés par la lutte contre l'obscurantisme, en défendant les honteuses thèses eugénistes, et il a fallu le nazisme pour nous dégriser et briser les enthousiasmes de nos savants éclairés et progressistes, tous pays occidentaux confondus.

L'exigence de "mourir dans la dignité" semble transcender les positions politiques. Mais de quelle dignité parle-t-on ? A ceux qui célébraient non sans indécence le suicide annoncé de Mireille Jospin, Delfeil de Ton avait répliqué simplement et sainement : "Pourquoi semblent-ils, avec cette formulation, dénier la dignité de la mort des autres ? Qui meurt indigne ? La souffrance rend indigne ? Une fin de vie misérable, c'est une fin de vie indigne ? Chacun meurt comme il peut, il n'y a pas plus de dignité chez l'un que chez l'autre" (Nouvel Observateur du 18 décembre 2002).

La demande d'euthanasie ou de suicide assisté est aujourd'hui précisément une demande de mourir dans la liberté, c'est-à-dire en fonction de l'idée que chacun se fait de l'intérêt ou de l'utilité de continuer à vivre. Sans doute cette liberté est-elle toujours étrange, puisqu'elle consiste contradictoirement à se nier au moment où elle pense se réaliser. Mais l'acte de mettre fin à ses jours soi-même (que notre société ne pénalise pas mais ne peut encourager) est d'une tout autre nature que celui de donner la mort à autrui (euthanasie) : alors, un tiers – individu, médecin ou Etat – donne sa caution à la plainte de celui qui veut en finir et lui murmure ce message : "Oui, ta vie doit s'arrêter, il n'y a pas d'autre solution dans la situation où tu te trouves que la mort délibérément donnée." Imagine-t-on les dommages collatéraux et particulièrement ravageurs que cela provoque chez ceux qui souffrent, les handicapés lourds, les victimes de longue maladie sans espoir de guérison, les personnes âgées ? Comment ne pas voir l'effet délétère de ces "affaires" compulsivement répétitives et jetées en pâture à l'opinion sans aucun examen critique (sinon trop tardif), à laquelle on affirme qu'elles "relancent le débat sur l'euthanasie" ? Comment mieux dire à celui qui souffre que nous ne voyons en lui que le mort à venir, et que la société n'a rien à lui offrir ?

La loi du 22 avril 2005 demande que soit soulagée la souffrance, même si elle devait provoquer l'abrègement de la vie ; elle condamne l'obstination déraisonnable et la médicalisation outrancière dont l'euthanasie est le dernier avatar (car c'est encore une manière insidieuse de restaurer le pouvoir médical). Elle consent à la mort qui vient, mais refuse qu'on la provoque délibérément, fût-ce à la demande du malade. Ces principes éthiques sont en accord avec l'humanisme dont la gauche se réclame ; ils permettent aux personnes vulnérables d'éviter d'intérioriser le regard social selon lequel leur vie ne vaudrait pas d'être vécue, intériorisation qu'on peut constater dans des pays voisins. Pourquoi ne s'interroge-t-on pas sur le développement des euthanasies clandestines aux Pays-Bas alors qu'on sait qu'elles sont presque aussi nombreuses que les milliers d'euthanasies officielles annuelles ? Que la gauche abandonne donc à d'autres l'ultralibéralisme individualiste et la politique du "tout compassionnel".

Il nous apparaît que la société se doit de penser la place qu'elle fait aux démunis et aux malades en termes politiques et économiques : quels moyens nous donnons-nous pour faire place aux fragiles, aux souffrants et aux précaires, quel hôpital construisons-nous, plateau technique ou lieu de soin et d'accueil ? Il est devenu consensuel d'approuver les soins palliatifs, mais ce supplément d'âme ne modifie en rien les tendances lourdes de notre système de santé et de son financement : les séjours hospitaliers comportant des actes techniques lourds sont beaucoup plus rentables pour les établissements que ceux dits de répit. Comment dire autrement aux malades qu'ils ne peuvent trouver de place dans le système qu'à condition de consommer de la technique, de subir des interventions, ou des chimiothérapies, de se sacrifier en quelque sorte à la médicalisation ? La légalisation de l'euthanasie complèterait le dispositif de rejet et d'exclusion sous couvert de respecter le désir individuel, mais comment ne pas désirer la mort quand vous n'avez plus de place dans le monde et aux yeux de tous ?

Isabelle Marin est médecin, responsable de l'équipe mobile de soins palliatifs de hôpital Delafontaine, coordinatrice d'Onconord, Saint-Denis, auteur d'"Allez donc mourir ailleurs !" (Buchet/Chastel).

Jacques Ricot est philosophe, chargé de cours de bioéthique à l'université de Nantes, auteur de "Philosophie et fin de vie" (ENSP).


Euthanasie : la SFAP réagit
Une proposition inacceptable


 Une proposition de loi déposée par un groupe de députés issus du parti socialiste, sera discutée le 19 novembre prochain à l’Assemblée Nationale.

Ce texte, qui propose aux personnes malades « une aide active pour mettre fin à leur vie », « par les personnes qui les soignent », est contraire à notre éthique de soins.


1. Nous pensons que l’ouverture d’un droit à la mort n’est pas de nature à répondre à la complexité des situations de fin de vie et participe d’un climat d’exclusion dans lequel notre société confine les grands malades.

2. Nous pensons que les valeurs de solidarité et d’accompagnement qui légitiment l’action quotidienne des soignants sont mises en danger.

3. Nous pensons, comme près de 9 français sur 10, que les soins palliatifs définis dans la loi du 22 avril 2005 permettent aux personnes en fin de vie de mourir dans la dignité. 

Témoins quotidiens de la détresse engendrée par la maladie grave, nous savons l’importance d’une médecine efficace qui sait toujours soigner lorsqu’elle ne peut plus guérir.

Dans notre expérience, il n’existe pas de solution simple, voire simpliste, pour faire face à la détresse et à la complexité des situations des malades en fin de vie et de leurs proches.
La SFAP par une approche pragmatique, centrée sur l’expérience clinique et la recherche, développe de nouvelles compétences pour offrir des réponses médicales et humaines innovantes.

Cette proposition appelle de notre part de nombreux commentaires c’est pourquoi nous avons sollicité les députés signataires pour leur exposer notre analyse.
Dr Anne Richard
Présidente de la SFAP

 En savoir plus :